24 juillet 2023 / 04 Thermidor de l'an CCXXXI
Max Croutons
Vous êtes légalement élu, et ce n'est pas rien. Au départ cette légalité vous a rendu légitime. Nécessairement légitime. Quoi d'autre ? Petit à petit et, à ce jour, de manière totalement désinhibée - pour tout dire décomplexée - vous avez estimé que l'électeur sur cinq qui vous a donné sa voix au 1er tour en 2017 devait imposer sa manière de voir aux 4 électeurs sur 5 qui vous avaient écarté. Cette volonté est la source de votre perte de légitimité.
Vous êtes, de votre propre fait, légal mais illégitime.
Cet écart béant entre légalité et légitimité, cet écartèlement plutôt, vous amène par la force des choses à vouloir préserver à tout prix ce qu'il vous reste, c'est-à-dire la légalité. Pour ce faire vous privatisez la force publique afin qu'elle écarte par tous les moyens, y compris et surtout par la violence, les 4 électeurs sur 5 qui vous demandent de rétablir votre légitimité. Il est question ici de privatisation au sens propre puisque vous extirpez de la sphère publique les forces légales censées protéger les 5 électeurs au profit exclusif de l'électeur privé qui vous a donné sa voix. Il est fondé de penser que vous-même et votre électeur sur 5 façonnez une république qui vous ressemble. Cynique, arriviste, gloussant de belles paroles et servant vos seuls intérêts. Et surtout d'un abyssal mépris envers ceux qui éprouvent une difficulté à vous comprendre. Les minables, ceux qui ne veulent pas traverser la rue pour aller boire dans le caniveau d'en face. Abrégeons tout net, le réquisitoire est connu.
Vous êtes désormais président de votre république. La vôtre, pas la nôtre. Vous avez fait sécession.
En faisant chevaucher vos BRAV à bride abattue, vous démultipliez la force de votre garde personnelle qu'il est légitime de qualifier de prétorienne. A la fin elle vous remerciera à sa manière. Noyautée par les crânes rasés et les torses tatoués, votant à plus de 70% pour votre successeur, votre police se frotte les mains tous les jours. Elle attend. Elle garde la maison. Et au bout de vos 10 ans, nous ploierons sur leurs coups, question d'habitude, pendant que vous paraderez dans vos conférences richement dotées. Mais nous nous redresserons.